Dans mes reves
Plus je m’interdis de la voir et de lui écrire, plus elle hante mes nuits…
Cette bataille diurne ne recherche que la paix nocturne; le repos du guerrier : des yeux, un sourire, un baiser.
Dans mes rêves, je lui propose de boire un verre dans un bar sympa et elle accepte.
Dans mes rêves, je lui avoue à demi mot, avec un compliment maladroit, que je la trouve belle. Elle esquive avec un geste de la main, la tête légèrement baissée pour ne pas voir le début d’un sourire et d’une petite rougeur sur ses joues.
Dans mes rêves, je lui refais un monde pour qu’il y ait une place pour nous, je lui donne une partie de ce que j’aime et ce que je suis. Elle fait de même et elle s’accorde sur nos ressemblance et nos différences.
Dans mes rêves, je lui prends sa main froide pour la réchauffer dans la mienne en sortant du bar. Je lève la tête et contemple le ciel pour y dénicher une belle étoile, perdue dans la pollution lumineuse de Paris. Elle en trouve une et me la désigne du doigt.
Dans mes rêves, je m’en fiche. Je la contemple en souriant. Elle reste les yeux vers le ciel et devine après quelques instants que je la dévisage.
Dans mes rêves, je suis face à elle et, sans rien dire je l’embrasse. Elle se réveille au petit matin, laissant une empreinte de chaleur dans le lit.
À mon réveil, je ne garde en mémoire que sa silhouette dans l’encadrement de la porte. L’image d’elle, nue en ombre chinoise, s’estompe dans la réalité. Je passe la main sur mon cou à la recherche de la douceur de doigts fantômes sur ma nuque.
Toute la journée, la lutte reprend contre moi-même. Elle est la destinataire imaginaire de tout ce que je n’écris pas.
Il y a des millions de lignes que j’ai raturées. Mises bout à bout peut être pourrais-je atteindre la lune que je cherche tant à décrocher.
Il y a des milliards de mots qui ne lui parviendront jamais. Une quantité astronomique comme autant d’étoiles que je ne vois pas au bout de son doigt.
Le soir, je laisse tomber l’armure et des larmes s’écoulent comme du sang de plaies mal refermées, de tous les combats que j’ai menés. En amour comme à la guerre, tout homme s’acharne sur des causes vaines. Car je lui ai déjà demandé, elle m’a déjà répondu :
« Dans tes rêves ! »
Rendez-vous
Cela fait des mois que j’espère ce moment, que les choses changent enfin entre elle et moi.
Cela fait des semaines que je n’arrive pas à rester concentré si je pense à elle. Un trouble immense. Je suis obligé de sortir quelques instants prendre l’air. L’air froid de l’hiver emplit mes poumons.
Cela fait des jours que nous nous échangeons des SMS. Des textos avec des points de suspensions qui contiennent de lourds sous-entendus.
Comme celui-ci :
« On se voit mardi… Je passe chez toi après le boulot… »
Je lui ai répondu :
« Ok… »
On est mardi matin. Je n’ai pas réussi à dormir de la nuit. Je suis impatient d’être à ce soir.
Durant la journée, j’ai bu une bonne douzaine de cafés, j’ai fait acte de présence en réunion et les pixels de mon écran d’ordinateur ont été plus actifs que moi.
Je rentre finalement à la maison. Je me jette dans le canapé, pose mon blackberry sur la table basse à côté du paquet de clope. J’en sors une, l’allume. Pendant que la fumée bleutée s’élève, mes pensées s’évadent.
Comme n’importe qui dans cette situation, je me demande ce que l’on va se dire, ce que l’on va faire durant la soirée, ce qu’il se passera ensuite. Très bien ? Mieux ? On verra. Je l’imagine également se préparer. Va-t-elle mettre son tailleur qui me rend fou ? Va-t-elle venir simplement en jean/t-shirt ?
Le téléphone sonne. Ma cigarette s’écrase dans le cendrier.
C’est elle. Elle est arrivé.
Un sursaut. J’ai la bouche sèche : L’émotion, le stress.
Je descends les marches rapidement pour la rejoindre. En me voyant, elle sort de la voiture. Mon imagination ne m’avait pas trahi, elle est ravissante.
« Salut ! »
« Salut… »
Une bise furtive.
« Tu es belle… »
Un silence pesant, gênant. Je ne savais pas quoi dire. La panique. J’ai surement fait une gaffe, mais elle ne réagit pas plus que cela. Je n’arrive pas à voir ses yeux, son visage contemple le sol.
Elle ne répond rien et se dirige vers le coffre. Elle en sort un carton.
« Tiens, tes affaires. Tu as regardé chez toi si tu m’as tout rendu ? »
« Oui ne t’inquiète pas… »
Dans le carton, quelques CD, des livres, un t shirt. Ca doit faire le compte.
« Je crois qu’il me manque un soutien gorges. »
« Je t’ai dit, je t’ai tout rendu. Ce ne doit pas être chez moi que tu… »
Un silence encore plus lourd. Pour enlever le poids, je propose :
« Tu veux monter prendre un café ? »
« Non, c’est bon… Je dois repartir, il est tard et je… euh… j’y vais. »
Elle me fait un signe de la main et ouvre la portière. Le moteur est en marche, la voiture part. Mon avant-bras est encore en l’air, ma main ouverte dans sa direction. Sa voiture disparaît au carrefour.
Elle est partie, définitivement. Je crois que j’aurai voulu la prendre dans mes bras une dernière fois, lui dire que je n’oublierai jamais les bons moments que nous avons partagés. Sentir battre son coeur contre moi, ma main passant dans ses cheveux. Terminer symboliquement cette soirée, enlacés dans le froid, comme notre premier rendez-vous…
La Fin de Mon Monde
Comment tout cela va-t-il finir ?
Dans ma vie, je n’avance que par certitude. Dès qu’une opportunité se présente à moi, je pèse le pour et le contre.
Je crois fermement en l’amitié, en la loyauté, la confiance que l’on me porte. Je suis toujours là pour ceux qui comptent. Je ne laisse pas le temps à tous ceux que je méprise d’avoir un impact sur ma vie. Je garde ceux que j’aime près de moi et, contrairement à l’adage, je pousse le plus loin possible ceux qui ne méritent pas mon affection.
J’ai donc la chance d’avancer sereinement, avec confiance. La vie se déroule comme prévue. Comme si tous les jours étaient une belle journée ensoleillé d’automne, avec un taux d’humidité de 60%, 20°C, un vent léger et votre musique préférée à la terrasse d’un café.
Une certaine idée du bonheur.
Mais les doutes arrivent forcément, un jour. Rien n’est fait pour durer. Ce que je me répète tous les soirs, c’est pour pouvoir m’endormir. Juste ce qu’il faut, mieux qu’un anxiolytique.
Mais que faire quand toutes les certitudes explosent, déchirant les entrailles, défigurant les croyances, massacrant le quotidien parfaitement huilé ?
La peur, la colère, le déni… les « je ne sais plus combien » étapes du deuil. Une détonation retentit au fond de moi, le big bang au niveau cellulaire.
C’était un jour comme les autres. J’allais au travail. Les gestes quotidien avant de partir, répétés à l’infini, comme un théâtre sans spectateur. La journée aurait pu continuer ainsi.
Tout à coup, une catastrophe. Je l’ai toujours redoutée, elle arrive. Ce n’est qu’un début, je me demande quelle en sera l’issue.
Tout à coup, je la vois, pour la première fois.
Elle est entrée dans ma vie. Je l’ai aimée dès que je l’ai vue. Elle a détruit tout ce que j’étais, tout ce que j’aurai pu devenir. En un regard, en un sourire, en une mèche de cheveux. Un château de carte pris dans une tornade. La fin de mon monde.
Stéphane Pellot
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