J’aurais pu

J’aurais pu

La banque

J’aurais pu vous écrire l’étrange conversation que je me suis inventé lorsque j’attendais à la banque. Je ne voyais que le corps du client et de la conseillère. Les vitres étaient teintées juste au niveau du visage alors je n’ai pu qu’interpréter le langage corporel. Elle avait défait sa chaussure gauche. Elle reposait sur son gros orteil désormais. Elle jouait avec, en rythme, suivant ses gestes d’explication. Les jambes et les bras croisés du client ne laissaient aucun doute. L’homme en face d’elle semblait dubitatif. Pourtant l’attitude de la conseillère était engageante.

Elle s’était mise un peu de trois quart, laissant entrevoir un peu de peau dans l’entrebâillement des boutons de sa robe. Je me suis dis que la séduction est la plus radicale des techniques commerciales. Je me suis amusé à penser qu’elle lui faisait quelques oeillades (ne pouvant pas voir les jeux de regards) et que lui, un peu trop occupé par ses soucis financiers ne voyait rien. Je les imaginais, plus tard, à la terrasse d’un café. Lui s’avançant sur la table, elle essayant de mettre de la distance pour le faire venir à elle.

J’aurais pu imaginer leurs rendez-vous discrets, leur nuits passionnées. J’aurais pu imaginer un adultère, une histoire compliquée qui se finit dans les larmes et la colère.

J’aurais pu, mais là…

Le café

J’aurais pu vous décrire les jambes de la jeune fille qui vient de passer.  En cette belle journée d’été, c’était un petit rappel de la chair. Difficile de deviner le regard derrière les grandes lunettes noire. Seule la moue des parisiennes qui ne veulent pas discuter était imprimée sur son visage. La robe était de saison, les sous-vêtements apparemment assortis. Il faisait doux.

J’aurais pu inventer une circonstance, un accident pour la faire sourire. J’aurais pu écrire un dialogue qui la charme et qui lui donne l’envie de me revoir. J’aurais pu lui écrire un passé où elle avait souffert, un avenir qu’elle imaginait sombre et une mélancolie. J’aurais pu écrire à quelle point elle s’était trompé et que notre rencontre avait tout changé. J’aurais pu vous raconter nos nuits, nos jours, nos disputes, nos incompréhensions, les petits détails qui lui donne vie dans mon quotidien.

J’aurais pu, mais là…

La nuit

J’aurais pu vous raconter mes rêves et mes cauchemars. J’aurais pu vous décrire un à un les monstres qui hantent mes rêves, les situations qui font battre mon coeur. Ils sont là depuis mon enfance. Ils vivent dans mon inconscient, en noir et blanc. Bercé par la Quatrième dimension, X Files et les bandes annonces des films d’horreur de l’été sur Canal plus. Je me suis rattrapé depuis : Ma liste de DVDs est remplie de mes fantasmes horrifiques.

J’aurais pu vous raconter la fois où mon rêve a pris le pas sur le film. C’était un film de gangster en noir et blanc. Il me semble que c’était la série Les Incorruptibles. Je ne me suis pas rendu compte que je dormais et l’histoire à continuer. Je me retrouvais à l’intérieur et les monstres monochrome, sans visage, ont débarqué. Il y avait une dimension épique, comme un film de zombie. Une traque et des rebondissements. J’aurais pu vous raconter le soulagement en sentant les bras de mon père me conduisant du canapé vers mon lit.

J’aurais pu, mais là…

Je n’ai pas envie 🙂 .

Mais bon, ça me rappelle que mon imagination est toujours là et que le quotidien me donne beaucoup de point de départ. Stay tuned.