Dans la pénombre

Dans la pénombre

Je suis dans notre lit, avec toi.
La pénombre reigne. On devine la lumière des lampadaires dehors.
Nous nous sommes couchés sans nous dire un mot.
Je n’arrive pas à dormir.
Je repense à cette journée où rien n’est allé comme prévu.
Je devine la distance qui nous sépare, j’imagine nos deux dos se faisant face.
Peut être que de ton côté, tu ne dors pas et que, comme moi, tu le vois.
Cette face sombre, ce rictus malsain. Il est là pour nous annoncer la fin.

Il sourit. Je vois ses lèvres bouger : « Je te l’avais bien dit ».
Alors mon cœur se serre. Un étau supplémentaire, surnuméraire, plus fort que tes griefs et tes reproches. Dans peu de temps, sous la pression, tout volera en éclat. Alors tu ne pourras plus me faire de mal : On pardonne plus facilement à un souvenir.

La silhouette se rapproche. Elle vient me hanter. Elle me murmure à l’oreille durant mes songes. Des mots blessants, aiguisés comme des couteaux, pour générer une hémorragie. Que notre rancœur éclabousse les murs, qu’elle tâche tout ce qu’il nous reste de beau, qu’elle détruise tous les liens qui nous avaient unis. Je souhaite que, dans mon sommeil, le démon vienne me posséder et qu’il dise, à mon réveil, toutes ces paroles à ma place. Ainsi, je ne serais pas un monstre.

Mes yeux se ferment. Le sommeil vient alors.
A ma surprise, tu te tournes vers moi, passes la main dans mon dos.
« Ca va cheri ? Tu n’as rien dit ce soir. »
« Je suis fatigué : J’ai eu une dure journée. »
« Je te laisse dormir. On parlera demain… ».
Je ne réponds pas. Mais oui…
Demain…
On parlera…