Je suis Charlie

Je suis Charlie

De tous les mots qui vont suivre, les plus importants sont les suivants : mes pensées accompagnent les proches, les amis, de toutes les victimes (Dessinateurs, rédacteurs, policiers) abattues dans l’exercice de leur fonction.

 

Normalement, en début d’année, je vous parle de trucs sympas : Des trucs chouettes de l’année dernières, des trucs chouettes de l’année à venir.

Normalement, je ne parle pas de politique ici; D’ailleurs, je ne parlerai pas de politique. Je vais vous parler de mon enfance.

 

Quand j’étais petit, il y avait un mec qui faisait des dessins rigolos avec Dorothée dans RécréA2.

Il avait toujours le sourire, alors par esprit d’imitation, je souriais. Je lisais PIF, j’avais l’autocollant « Touche pas à mon pôte », avec la main jaune.

Je pensais que grandir, ce serait avoir à gérer les traumatismes des personnages morts dans « Candy » et dans « Remi sans famille ».

Mais hier, une nouvelle image s’est greffée dans mon esprit : « Un mec avec un AK47 qui tire sur Cabu ».

Comment est-ce possible d’imaginer quelqu’un qui tire sur Cabu ?

En plus, si je regarde les âges des tueurs présumés, ils sont de ma génération. Ils ont forcément vu Cabu à la télé, ils ont forcément été des enfants en même temps que moi.

C’est quand j’ai su ça, que j’ai essayé de me représenter ça, que j’ai réalisé.

Je n’ai jamais lu Charlie Hebdo, j’avais vu leurs dessins et leurs couvertures polémiques.

Je les regardais comme un prof qui anime une classe : avec la tendresse que l’on porte aux gamins espiègles qui sont au fond de la classe pour dessiner des bites et des nichons au lieu d’être attentif en cours.

Mais ils avaient des bonnes notes et faisaient rire leurs copains, alors tout le monde les aimait bien.

Ma soirée d’hier s’est résumée à collecter les réactions de mes contemporains sur les réseaux sociaux.

Je ne m’étendrai pas sur ceux qui ne connaissent pas leur combat, sur ceux qui ont été prompt à sortir leur thèse nauséeuse pour surfer sur une vague bleu marine à l’écume trouble.

Le combat de Charlie Hebdo n’a jamais été contre les pratiquants d’une religion, contre des partis politiques, contre un groupe de personne en particulier mais contre la connerie, l’obscurantisme et la bêtise sans discernement.

J’ai vu surtout de belles choses : Des personnes qui n’ont pas peur, des personnes unies, rassemblées dans le calme pour partager une émotion, un deuil et un message. C’est rassurant de voir autant d’intelligence et de mesure dans de telles circonstances.

J’ai collé mon autocollant PIF sur mon cartable parce que je défendrai mes pôtes quels que soient leur sexe, leurs croyances et leurs opinions. Je vous invite tous à nous réunir dans la cours de récré, à partager des pains au chocolat (ou des chocolatines pour mes amis du sud-ouest) et à défendre nos amis qui font des super dessins et qui nous font rire contre les grosses brutes du CM2.

Ils sont costauds mais on est plus nombreux.