Le Syndrome Morpheus

Le Syndrome Morpheus

Je suis tombé sur cet article :

Le syndrome Trinity

Pour mettre au clair : je ne conteste pas le fait que ce syndrome dans l’écriture de scénario existe. Une femme capable qui cède la place à un homme, certains des films présents dans l’article justifient bien ce point de vue.

Tout comme l’auteur de cet article, je suis un homme (moi : hétéro et blanc), donc je devine que l’on va me dire que le féminisme n’est pas mon combat. Je le comprends, je le soutiens mais je ne suis pas un porte parole.

Mon article (qui s’annonce très long) n’est pas pour contredire ce syndrome. C’est pour contredire son nom et son exemple principal (et puis aussi la forme en passant : parce qu’un top 10, merci pour le format « putaclic »)

Ce qui va suivre est ma vision de la trilogie Matrix, de ce que je pense connaître du cinéma des soeurs Wachowski.

Un peu comme dans l’épisode de Chroma sur Signes et l’exemple de Percival Lowel, on y voit ce que l’on veut bien voir : Que ce soit l’auteur de l’article ou bien moi.

Donc pour l’auteur de l’article, Trinity s’efface au profit de Neo dans Matrix.

Ma vision, ma compréhension du film est à l’opposée :

Ce qu’a oublié de voir l’auteur, c’est que la Matrice est un programme informatique, une simulation de vie pour distraire les humains élevées en batterie.

Pour réguler la cohérence de la Matrice, il y a deux programmes : L’Architecte qui s’occupe à ce que les grandes règles fondamentale de la matrice soient strictement appliqués. L’Oracle (« qui n’en est pas un ») qui est en fait un programme qui étudie la psyché humaine. Elle fait de la programmation neuro linguistique avec les humains qu’elle rencontre.

Il n’y a pas de « Destin ». Le fait que les humains recherchent un Elu est une procédure qui est lancée par l’Architecte et l’Oracle pour rebooter la Matrice et pour contrôler la révolte humaine à Zion.

Elle croise Morpheus, elle le convainc qu’il trouvera l’Elu. Elle croise Trinity, elle l’a convainc que ce sera une personne dont elle tombera amoureuse. Donc Neo pourra être n’importe quelle personne que Morpheus trouvera et qui sera au goût de Trinity. Ca peut être n’importe qui : une femme, un homme. La Matrice étant basée sur les codes des années 1990-2000, il y a de fortes chances que ce soit un homme.

Ce que veut l’Oracle, c’est une personne douée d’empathie et d’amour réciproque. On apprend dans les épisodes suivants que la Matrice a déjà fait appel à « l’Elu » 5 fois auparavant. Et que chaque Elu précédent a préféré rebooter la Matrice pour continuer à exister dans la nouvelle version, sauver l’humanité élevée en boîte et détruire Zion.

Une de mes théories est que le Mérovingien est un ancien Elu (et Persephone l’ancienne Trinity) mais qu’il ne possédait pas autant d’amour et de compassion que Neo (il est clairement montré comme avide de pouvoir, il décode la matrice comme Neo et joue avec les règles en réinstallant des logiciels de l’ancienne version pleine de bugs, comme les fantômes, les vampires et les loups-garous).

Donc Trinity est importante car son choix déterminera toute la suite des événements de Matrix.

A la fin de Matrix 1, c’est son baiser qui sauve Thomas Anderson pour qu’il devienne Neo.

Dans Matrix 2, elle fait tout son possible pour que Neo réussisse sa mission mais elle le recadre aussi dans le monde réel, car Neo au début de Matrix 2 possède pleins de pouvoir mais n’a aucune solution pour régler le conflit entre les hommes et les machines. Il est perdu. Il cherche des réponses auprès de l’oracle, a du mal avec son statut de dieu vivant. Son seul repère est Trinity.

La scène du sauvetage final est un symbole, un parallèle pour montrer que leur amour est complètement réciproque. Neo est prêt à mettre en jeu la survie de l’humanité pour sauver Trinity. Chose qu’aucun Elu n’avait fait auparavant.

Dans Matrix 3, elle le sauve de Mobil Station (Limbo, les limbes) en allant en enfer, elle le conduit jusqu’au Deus Ex Machina (nom de la machine qui le connecte à la Matrice à la fin) au péril de sa vie. Une fois morte, Neo sait qu’il n’est plus un homme mais la clé USB qui contient l’antivirus anti-Smith et le programme de reinstallation de la nouvelle version de la Matrice. Sans Trinity, il n’est rien de plus. Ce qu’il ne pouvait pas voir ni faire tant qu’elle existait. Sans elle, il n’est qu’une fonction dans un programme.

Peu importe le monde et les Hommes tant que je suis avec la personne que j’aime.

Le fin de Matrix 3 montre une nouvelle Matrice vierge avec l’Oracle, l’Architecte et la petite fille, premier programme à comprendre les interactions humaines liées à l’amour.

Ce qu’a compris Neo au cours de son périple, c’est que les hommes et les machines ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre. Que chaque cycle, chaque révolution, petit à petit fait progresser la condition des uns et des autres (c’est le même thème que Cloud Atlas dites donc !).

Trinity n’est pas le « love interest » de Neo. C’est Neo le « love interest » de Trinity. Il n’est défini que par elle. Il n’a d’intérêt que par elle.

Si l’on fait un décompte de qui sauve qui, je pense que l’on a Trinity > Neo > Morpheus.

Je trouve que l’article fait un faible cas de Morpheus qui est, à mon sens, la « demoiselle en détresse » de tous les Matrix. Il est capturé dans le 1, sur un camion qui explose dans le 2, prêt à se faire dévorer par des machines dans le 3 et est sauvé par Neo à chaque fois…

D’un personnage très fort au début de Matrix (c’est le mentor), son rôle devient inexistant dès la fin du 1.

Est-ce le symbole de la façon dont traite un acteur noir dans un film ? Doit-on parler de Syndrome Morpheus ?

 

Ou doit-on replacer Matrix dans son contexte de film hybride (autant dans le fond que dans la forme) ?

Prendre Matrix tout seul, c’est oublier Bound, Cloud Atlas, Sense 8 (et dans une moindre mesure Speed Racer et Jupiter Ascending). C’est oublier que les messages des Wachowski qui sont :

  • l’empathie, la compréhension et l’acceptation des différences sont des qualités et des valeurs humaines
  • les révolutions ne sont que les graines du changement et qu’il ne germera que des années plus tard

Aussi, je suis assez triste de voir que le personnage de Trinity sert à illustrer un propos qui, à mes yeux, est loin des valeurs que j’associe au personnage (et à ses créatrices).

Mais, encore une fois, chacun trouve ce qu’il veut voir dans un film. J’espère cependant avoir nuancé l’éclairage de l’article initial. Et que l’on trouvera un autre nom à ce syndrome (qui existe, je ne le nie pas)…