On me dit souvent : tu devrais écrire dans la presse jeu vidéo/ciné.
Ca me flatte vraiment mais comme tout compliment, je me vois obliger de le rejeter ou de le modérer.
Dans ma courte histoire de rédacteur, je n’ai que deux faits d’armes marquants :
http://www.viedegeek.fr/article/preview-les-jeux-xblapsn-d-ubisoft/
http://xbox-mag.net/recit-d-un-voyage-au-tgs-2005__8687.html
Même si je suis très fier d’avoir participé à deux sites prestigieux du monde du jeux vidéo, ce genre d’exercice n’est pas sans une certaine douleur :
Je ne me suis jamais senti légitime. Je ne viens pas aux events avec une accréditation presse, on ne m’a jamais sollicité en direct. Je suis toujours arrivé en dépannage d’un plan précédent qui avait foiré. Donc une fois sur place, on se demande ce que je fais là et, par ricochet, je me demande ce que je fais là. Le milieu étant assez fermé, tout le monde se connait. Et si on ne connait pas, c’est que tu es bizarre.
Je n’arrive pas à être dans le ton. Un site, c’est une ligne éditoriale, une cohérence et un ton que l’on retrouve dans l’ensemble des articles d’une rédaction qui se connait et qui s’est constituée par affinité. En plus des deux liens précédents, j’ai écrit nombre d’articles mais qui n’ont jamais été diffusés car « pas dans le ton ». Un peu plus haut, je me suis conformé aux attentes des deux sites. Quand je me relis, j’ai toujours le sentiment que « ce n’est pas moi » et que j’aurais du tourner les choses différemment. Mais c’est ce qu’ils attendaient.
Ca ne paie pas. Je vis à Paris, j’ai des activités sportives et artistiques, je pars en vacances loin, j’ai pris l’habitude de vivre sans découvert et sans avoir à compter le moindre penny que je sortais de mon portefeuille. Parce que mes études d’ingénieurs ont coûté à mes parents et m’ont offert la liberté de ne pas avoir à me préoccuper de l’argent au quotidien. Partir vers une carrière un peu plus aléatoire est une prise de risque que je ne peux plus et ne veux plus tenter. J’aurais eu quelques années de moins et vivrais dans un studio en proche banlieue, comme à la fin de mes études, j’aurais tenté le coup. D’ailleurs, j’ai tenté… sans résultat.
Etre original dans un milieu qui ne bouge plus trop. Je me souviens d’une rédactrice sur Gameblog qui avait décidé d’écrire des tests très originaux. A tel point que les commentaires dans le forum n’étaient pas virulents à cause du jeu mais à cause du ton et de l’approche qu’elle avait donné. Elle a disparu à la fin de la saison, sans que personne ne le remarque ni le regrette.
Je crois qu’avec le temps, je préfère écrire pour moi et pour mes amis. Mes critiques jeux vidéo ou cinéma ou sur les bouquins, je les écris avec la perspective d’être lu par des gens que je connais uniquement. Je m’adresse à eux en espérant faire partager ce que j’ai aimé, ce qui m’a attiré dans une oeuvre (la mesure d’audience ne concernant que 3 personnes, je pense que je fais bien de n’écrire que pour moi 😉 ) . La rédaction d’articles et de review plus pro demandent une vision et une approche plus clinique où l’on dissèque chaque compartiment, je m’en sens incapable.
Et puis il y a tellement de gens qui sortent des écoles de journalisme… Je fais ça pour me détendre et pour équilibrer la partie cartésienne de mon cerveaux que j’utilise dans mon travail. J’ai besoin de cette évasion artistique.
Ce qui me tient à coeur, ce serait de sortir un recueil de nouvelles. Je vous invite à écouter le podcast Nawaak http://www.nawaak.fr/podcast/nawaak-nwk-episode-03-la-therapie-de-groupe/ qui parle (entre autre) de la création, de scénario, de l’envie de faire un livre en papier, un objet, qui permet de materialiser une idée, un sentiment, une frustration. Je me suis retrouvé un peu dans chacun des intervenants et m’a donné du coeur à l’ouvrage. Et j’espère vraiment finir ce qui est en cours depuis des années.

Pourquoi ne laisses-tu pas aux autres le droit de te voir différemment de ce que tu imagines ? C ‘est toi qui te juge différent et te conditionne dans cette perspective, pas les autres… Ton pire ennemi, ta pire critique c’est toi, qui projette les jugements des autres en t’enfermant dans une perspective unique… Et heureusement que tu n’es pas dans le ton, vive la singularité, vive ton originalité, vive qui tu es, c’est à dire pas un mouton ! on lit un titre parce qu on aime sa ligne éditoriale et la variété des approches de ses rédacteurs ! Qui aime le monoton d un mag ?
Alors le « pas dans le ton », ce n’est pas mon jugement, c’est un retour que l’on me fait assez souvent. Et contrairement à ce que tu penses, j’aime ma façon d’écrire et je la veux préservée. Il y a un magazine que j’admire dans le jeux vidéo, il s’appelle IG mag. Je les respecte car ils gardent une certaine pluralité de points de vue et d’approches. Mais c’est le seul et ils se battent pour que chaque numéro ne soit pas le dernier.
Les articles en exemple dans mon billet, j’en suis fier mais ils partent tous les deux avec des contraintes : Phrases courtes, vocabulaire simple, émotion d’abord, analyse plus clinique ensuite. Bref, il faut que tout le monde puisse lire l’article sans se sentir perdu ou stupide.
Le monde du jeux vidéo est un monde paradoxal. Ce qui émoustille les quelques passionnés est méprisé par la grande majorité qui ne veut lire des tests du même jeu qu’il va acheter tous les ans. Aussi, ce qui fait marcher un site de JV, ce n’est plus la passion, c’est le guide d’achat de Noël pour rassurer la dépense de 70 euro pour le dernier jeu de guerre, le dernier jeu de voiture tuning, le dernier jeu de foot, la trilogie de Noël.
Les jeux que j’aime, les magazines que j’aime, les films que j’aime ne se vendent pas. Et j’ai beau en parler avec passion, les défendre et faire passer ce qui m’a plu, on me taxe rapidement de snob, d’élitiste. Je suis d’accord avec toi. Être différent c’est bien. Mais est ce que c’est accepté ?
Ce que je dis, c’est que je ne veux pas écrire comme je fais de l’informatique : avec des contraintes. Je veux garder une certaine liberté, un certain plaisir qui, je l’espère, se ressent. Je veux que l’écriture reste une bouffée d’air et, sur mon blog, c’est le seul endroit où j’ai le sentiment de faire les choses pour moi, comme je l’entends.