Dans le ciel, un clair-obscur. Sur le sol, des ombres qui dansent. Un dernier coup de pelle et je pourrai planter une nouvelle croix blanche.
Mon travail ? Je suis le fossoyeur; il me suffit d’ouvrir les yeux pour le figer dans l’instant et le réduire à néant. Je suis le croquemort; consciencieux, je l’enfouie profondément. C’est mon quotidien.
Il n’a pas vécu longtemps celui-là. Ils ne vivent pas longtemps de toute façon. De la fugace sensation à l’éphémère moment, je n’ai pas le temps de les prendre dans mes bras et de les bercer d’illusions. Ils naissent, survivent à quelques respirations nocturnes et s’évanouissent dans l’oubli.
S’ils reviennent un jour, ce sera pour me hanter jusqu’à l’aube, comme un fantôme ou pour me dévorer jusqu’à l’envie, comme un zombie. Si elles reviennent un jour, ce sera pour la douceur du souvenir ou pour la violence de l’étreinte. De la terreur à l’horreur, du fantasme à l’orgasme : thanatos et éros sont les seuls dieux qui ornent le sanctuaire de mon subconscient.
J’aimerais pouvoir les voir aller au delà de la nuit. J’aimerais pouvoir les voir prendre vie. J’aimerais avoir le sentiment d’avancer dans un songe, une fois éveillé.
Mais l’on a du mal à se sortir de la routine, les mauvaises habitudes sont les plus tenaces.
Qui je suis ? Je suis le serial killer de mon bonheur.
