Game Story #1 – Le Péril Demeure

Game Story #1 – Le Péril Demeure

Je suis à bout de souffle.

J’ai gravi les escaliers du château. Je pense être à l’abri pour quelques instants.

Je sens mon cœur battre la chamade. Ma respiration est courte si je me fie au bruit du kevlar frottant sur mon ceinturon.

Dans ma tête, les images de mon unité en train de se faire dévorer par des chiens. Je vois encore les tendons céder un à un du bras de José. Je me souviens de la large plaie à la jugulaire d’un autre de mes coéquipiers, d’où sortait un flot de sang discontinu.

Mes vêtements portent des stigmates de mes affrontements : Mon pantalon est maculé de sang. Je fais le point, serre la crosse de mon Beretta. Je ne suis pas plus à l’aise à l’intérieur. La demeure est sombre, froide, lugubre. Mon pouls est plus calme malgré tout.

Retourner dehors, c’est le risque de voir surgir une abomination que l’on ne peut plus qualifier de chien. Rester ici me semble plus prudent même si le parquet qui grince à l’étage m’indique que je ne suis pas seul.

Un rapide coup d’œil circulaire me permet de déceler un grand nombre de portes. Toutes sont fermées sauf une. Je m’aventure donc dans ce couloir sombre. Au fond, je distingue une masse. La forme est humaine, la démarche est saccadée comme un pantin articulé dans les mains d’un apprenti.

« Monsieur ? »

Elle fait lentement volte face, les bras se levant vers moi au fur et à mesure de son avancée. Je commence à voir ses cheveux qui tombent par paquets et le sang qui coule le long de son crane dégarni. Je commence à voir du liquide qui coule de sa bouche, se répandant sur ses vêtements de domestique. Je commence à ressentir le vide de son regard qui me glace d’effroi. Je lève mon Beretta, m’appuie sur les jambes et vise l’épaule. La balle percute. La clavicule est apparente désormais, brisée en deux. La chose recule d’un pas sous l’impact mais ne s’arrête pas. Le monstre se trouve à un pas de moi, je vise et tire dans le cœur. Toujours comme une marionnette désarticulée, elle tombe à la renverse.

Je m’avance lentement pour examiner le corps. La peau commence à se détacher par plaques sur tout son corps comme si l’on avait jeté de l’acide. Je n’ai pas vu que dans une de ses mains se trouve un organe. Humain ou pas, je ne veux pas en être sûr. Je m’avance un peu plus loin dans le couloir sombre. Un autre corps sans vie est au sol dans une marre de sang. La lumière électrique vacille et j’ai du mal à voir que le ventre de la jeune femme est grand ouvert. Du moins pas tout de suite. Je vois le sang sur son chemisier de femme de ménage. Sa tête forme un angle bizarre. Elle n’est plus en vie vraisemblablement.

Je suis donc surpris de voir sa tête reprendre place et se tourner vers moi. Un mouvement de recul, de peur, mon cœur a failli éclater.

Pas autant qu’en heurtant derrière moi une présence: le domestique qui a une balle dans le cœur.

Pas autant qu’en sentant l’haleine putride soufflée dans mon cou, que les dents se plongeant dans la chair, dans ma gorge.

Pas autant que de sentir la main de la femme de ménage sur mon torse, fracassant ma protection, percutant avec autant de force que je sens mes côtes se briser une à une.

Pas autant que de ressentir à mon tour la faim de chair, mon esprit se vider.

Pour finalement sentir la colère monter jusqu’à ce qu’il ne reste que ça… de moi…